Evolution et ligne directrice


Malgré une grande diversité, matérialisée par la variété des techniques, des supports et des styles employés au fil du temps, l’œuvre de Claude Micheli est animée par quelques éléments d’inspiration, qui reviennent régulièrement dans sa production. Il s’agit de certaines formes (le carré), de certaines matières (tissus divers, soit présents matériellement dans ses œuvres, soit représentés sous forme de drapés par exemple) ; d’éléments végétaux comme le bois, utilisé tel quel ou reproduit avec une précision surréelle (dans ses anciens dessins à la plume et actuellement au pastel).
Concernant les principaux thèmes de la représentation, plutôt que de s’appliquer à décrire l’alternance de visions de l’humain, de la nature, ou de formes plus abstraites, mieux vaut découper l’œuvre selon les deux thèmes, souvent intriqués qu’on y retrouve en permanence : il s’agit de la présence du masque et de celle du temps.
Le masque, en tant qu’obstacle à la contemplation de l’humain est représenté dans ses premières toiles sous forme de tissus drapés, enveloppant complètement l’objet ainsi masqué à la vue. La superposition des carrés masque aussi toujours une lumière qui semble venir de derrière. Les tissus légers, déployés comme des voiles, ou les signes esquissés à l’aquarelle ont aussi un rôle de masque, faux écran n’étant pas à lui seul l’œuvre d’art, mais s’associant à ce qui le traverse : juste un peu d’air, un peu d’eau, un peu de lumière. Le masque peut être en effet dérisoire puis finalement tomber tout à fait, livrant l’humain au spectacle de son intériorité ; c’est le cas dans les pastels où les branches apparaissent avec un relief pénétrant, comme si l’intérieur du corps pouvait enfin être révélé en pleine lumière.
Le masque peut être aussi celui que le Temps prête aux objets vieillissant, ou bien l’absence de masque, la marque de l’éternité. Ce qui établit le lien entre le thème du masque et celui du Temps c’est la relation entre l’homme et la Nature. Que celle-ci soit imaginaire (comme dans les paysages d’inspiration fantastique des premières années) ou réelle (comme les mers et les ciels), elle déploie son éternité sans masque. Elle offre aussi le spectacle des transformations de toute création par le travail du Temps comme une succession de masques, amenant l’homme à la pensée de sa propre finitude : qu’il s’agisse de ruines dessinés à la plume, de traces laissées au hasard sur des chiffons usés, du reprisage de vieux tissus, des cicatrices d’un tronc maintes fois taillé, le regard humain posé sur la nature porte en lui nécessairement l’image du temps. C’est pourquoi, lorsqu’il est au contact de l’intemporalité du ciel ou de la mer, il trace des lignes, comme de dérisoires repères orthogonaux.

C'est un travail sur l'intemporalité, sur le corps , sur l'espace , sur l'intime comme les Modulations, dans ses nouvelles oeuvres abstraites.

Claude Micheli est un artiste à la création particulièrement vivante, jamais figée. Ne se souciant pas des modes, il se renouvelle sans cesse, variant les techniques et puisant son inspiration au gré de ses divers lieux d’habitation, parfois citadins, parfois campagnards. Il réside actuellement à Dijon, mais garde un atelier à la campagne en Saône et Loire.